Frédéric Lordon au salon Botul

Le 24 septembre 2009, les botuliens recurent l’économiste Frédéric Lordon, qui présenta un exposé intitulé “Botul, théoricien des cloques financières”.
Extraits :

“Botul ne cache pas, en matière de théorisation des cloques financières, avoir fait fonds sur les vicissitudes de son activité de taxi qui l’ont amené à de nombreuses reprises à déposer des clients à une maison de tolérance bien connue des riverains de la rue Lauriston. Botul à son tour fréquente cet honnête établissement dont la tenancière, Mme Lucienne, qui a à cœur la qualité de l’accueil et la convivialité de l’ambiance, décide un jour, pour rompre les habitudes et ajouter à l’animation, d’organiser un défilé général de ses pensionnaires, assorti d’un concours ouvert à tous ses habitués, et offrant une prestation gratuite à celui de ces messieurs qui saura identifier la demoiselle préférée d’eux tous.

Botul saisit en un instant l’insondable abîme que l’accorte Mme Lucienne, en toute innocence, vient d’ouvrir sous les pieds de ses habitués. Car il ne s’agit pas d’identifier la plus jolie des pensionnaires, mais – et c’est une chose très différente – celle qui sera jugée telle par le corps de ces messieurs constitué en jury. Le problème change de nature du tout au tout puisqu’il ne s’agit plus pour chacun d’évaluer les propriétés esthétiques intrinsèques des beautés qui défilent mais d’anticiper au mieux la façon dont les autres les évalueront. Il s’en suit un pivotement immédiat des points de vue : les messieurs cessent de regarder les demoiselles et commencent à se regarder entre eux. « Que pense-t-il ? » se demande chacun à propos de chaque autre. Mais symétriquement pris lui-même pour objet des conjectures de ceux qu’il essaye de conjecturer, il doit aussitôt réviser ses propres conjectures en un « que pense-t-il que je pense ? », immédiatement suivi d’un « que pense-t-il que je pense qu’il pense ? », etc., et pour le malheur de tous à l’infini. Le problème est donc sans solution. Son indécidabilité est la conséquence de sa spécularité, c’est-à-dire de la mise en abîme des anticipations croisées que les messieurs font inévitablement les uns à propos des autres en une régression que rien, sauf un décret arbitraire et injustifiable, ne saurait arrêter, dès lors qu’il leur est demandé non pas de désigner la plus belle selon leur goût, mais de trouver le point d’équilibre où le groupe tout entier va s’établir.

Confortablement installé dans les fauteuils crapaud du « Pou batailleur », Botul ne saisit pas seulement la beauté logique du problème : il comprend immédiatement l’identité formelle qui l’unit à celui que doivent traiter les investisseurs sur un marché financier”.

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